Calendrier de l’avent 2014 – 5 : le Fileur

Le fileur, la fileuse, l’ouvrier de filature

Définition

La fileuse (celle des filatures industrielles) était responsable d’un ou plusieurs métiers à filer

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La fileuse – Source Gallica

(ou à retordre), machines destinées à réalisées des bobines de fil destinées à la vente (bobines de fil simple ou de fils retordus, c’est à dire comportant 3 ou 4 fils tressés).Certains métiers mesuraient entre 20 et 25 mètres de long et comportaient une quarantaine de broche. Les fileuses devaient alimenter les métiers en mèches placées derrière les machines dans des très grands « pots » (ou en fils placés en haut des machines pour les métiers à retordre). elles devaient surtout rebouter les fréquents fils cassés, devant !

Dans ma généalogie, deux départements sont concernés par cette industrie : l’Aisne et les Ardennes

Les filatures dans l’Aisne

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Carte des filatures de l’Aisne en 1880 – Source Histoireaisne.org

L’industrie de la laine était la plus importante en 1880 puisqu’elle employait 6.600 ouvriers, plus de la moitié de ceux qui se trouvaient alors dans toute l’industrie textile et plus du quart de tous les ouvriers vivant alors dans le département. Elle était concentrée à peu près uniquement dans les deux  rrondissements du nord : ceux de Vervins et de Saint-Quentin.

Les filatures dans les Ardennes

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Carte des filatures dans les Ardennes – Source étude de la région Champagne-Ardenne 2009

Une enquête de la Région Champagne-Ardenne de 2009 a recensé 60 filatures (19e siècle ; 20e siècle), dont 31 ont été sélectionnées pour l’étude.
Leur localisation s’organise en 3 foyers principaux :
– la vallée de la Meuse (et ses affluents) en amont de Sedan, et surtout à Sedan même,
– dans l’ouest du département, le long de la vallée de la Vaux,
– Le Rethelois.
La majorité des filatures se trouve dans le bassin sedanais, dont elles constituent l’activité historique depuis l’installation de la manufacture royale du Dijonval au milieu du 17e siècle. Alors que ce foyer est le plus ancien, c’est également celui dont l’activité a perduré le plus tardivement (3e quart 20e siècle). La période d’activité des usines de la vallée de la Vaux n’a par contre pas dépassée la Première Guerre mondiale. Les premières filatures mécanisées apparaissent à la suite de celles d’Angecourt et de Mouzon, construites sous l’impulsion du baron Poupart de Neuflize, respectivement en 1807 et 1809. Elles utilisaient directement l’énergie hydraulique et très vite la vapeur (Lainé à Rethel), puis l’électricité produite in-situ par l’intermédiaire de turbines hydroélectriques. Les bâtiments de hauteur caractérisent les premiers âges de la filature concentrée. Lalobbe, Mouzon, Angecourt, Givonne et Pouru-Saint-Remy (bâtiments disparus, mais documentés), Rethel, La Ferté-sur-Chiers et Chémery-sur-Bar (bâtiments conservés) en sont les meilleurs exemples. A la fin du 19e siècle, les filatures se développent en surface et non en hauteur, à l’exemple d’Hannogne-Saint-Martin où la filature primitive qui brûle est reconstruite avec des bâtiments à shed en rez-de-chaussée. Sur la fin du 19e siècle, alors que le tissage est intégré aux unités de production, les usines s’étendent. Les sites anciens s’adaptent (Givonne), d’autres sont créés de toute pièce (usine de l’espérance à Floing).

Dans ma généalogie

J’ai plusieurs branches qui sont concernées par ces métiers, aussi bien de mon côté que de celui de mon conjoint.

  • Aimé, Joseph JUSTE 1805-1871, fils de Gille (Hermenegilde) et Catherine, Josèphe MAGNIER, marié avec Eusèbe JULIEN – Saint-Quentin (Aisne)
  • Elisabeth Adélaïde GOSSET 1793-1857, fille de Jean-Baptiste , mariée avec Augustin Isidore BRASSEUR – Saint-Michel (Aisne)
  •  Marie Louise DESQUILBET 1755-1834, fille de Jacques et Marie-Louise OGER, mariée avec Pierre Joseph BRASSEUR – Saint-Michel (Aisne)
  • Marie Madelaine TROCME 1764-1802, fille de Pierre et Cécile DOLLE, mariée avec Éloi DUMONT  – Levergies (Aisne)
  • Marguerite RANDON †1829, mariée avec Jean-Pierre PÉCHENET – Marvaux-Vieux (Ardennes)
  • Jean-Baptiste PÉCHENET †1785, marié avec Catherine CLIQUET – Marvaux-Vieux (Ardennes)
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Marvaux-Vieux – Source Cassini

 

 

Sources

Etat  de  l’industrie dans le Département l’Aisne entre 1869 et 1880, comparé à I’état actuel – p 108 à 134

Etude de la Région Champagne-Ardenne de 2009 sur les Filatures 

Gallica

 

F comme filature Harmel

Certains de mes ancêtres ont travaillé pour la famille Harmel et un oncle par alliance en est un descendant direct.

Jacques-Joseph Harmel (1795-1894)

Jacques-Joseph Harmel fait construire à Warmeriville une filature de laine cardée et peignée en 1841. La filature est détruite par un incendie en 1874, elle est reconstruite dés l’année suivante. Le sort s’acharne et elle est de nouveau détruite pendant la Grande Guerre. Elle sera reconstruite dans les années 20. A chaque destruction, la famille en profite pour reconstruire une usine plus moderne.

La famille Harmel possède et exploite cette usine de père en fils jusqu’au dépôt de bilan de la société en 1977.

Léon Harmel (1829 – 1915)

Ayant hérité de son père la filature du Val-des-Bois, Léon Harmel entreprend de faire de son usine une sorte de communauté chrétienne où les ouvriers dirigent eux-mêmes un ensemble d’oeuvres sociales : mutuelle scolaire, enseignement ménager, cité ouvrière… Il institue, en 1883, la participation des travailleurs à la direction et au maintien de la discipline dans l’entreprise. De plus une caisse de famille, gérée par une commission ouvrière, est chargée d’attribuer des subventions en argent ou en nature. Il fût surnommé le « Bon père Léon »

Plus marquée par une sorte de « familialisme » que par le paternalisme (même si on l’a surnommé le Bon Père), l’action de Léon Harmel s’inspire du catholicisme social, notamment de l’Œuvre des Cercles de La Tour du Pin et d’Albert de Mun. Condamnant le libéralisme économique qui laisse l’ouvrier sans protection face au capital, Harmel et les membres des Cercles veulent d’abord apporter la sécurité morale et matérielle aux travailleurs au sein de « corporations » chrétiennes, sociétés religieuses et économiques formées librement par les patrons et les ouvriers.

Peu apprécié du patronat chrétien, Harmel se distingue peu à peu d’une partie des catholiques sociaux, lorsqu’il affirme la responsabilité de l’Etat dans l’ordre de la justice sociale, puis la nécessaire autonomie de l’organisation ouvrière face au patronat (il est parmi les initiateurs du premier congrès ouvrier chrétien en 1893); sa rupture avec de Mun intervient en 1892.

Insistant sur la validité de l’action politique et non plus seulement sociale, Harmel, s’appuyant sur l’encyclique Rerum novarum du pape Léon XIII, dont il est très apprécié, prône le ralliement des catholiques à la République et se trouve à la tête du mouvement démocrate chrétien: au Val-des-Bois se tiennent, à partir de 1888, des sessions d’étude réunissant les démocrates chrétiens du nord de la France.

De la nostalgie de la cité chrétienne qui s’exprime dans son Manuel d’une corporation chrétienne, publié en 1879, à l’action des catholiques sur le plan politique, l’itinéraire de Léon Harmel est significatif de l’évolution qui se fait jour au tournant du siècle parmi les catholiques français et qui aboutira à l’acceptation de l’état de fait républicain.

Après le bon père

Avant la Première Guerre Mondiale, l’usine emploie 52 hommes, 33 femmes et 60 enfants en 1849 et 550 ouvriers. Malgré les destructions intervenues lors de la guerre, l’entreprise pu continuer son activité après celle-ci.

La filature Harmel a survécu aux années 1920-1950 sans trop de casse contrairement à beaucoup de ses concurrents rémois qui ont disparus.

Dans les années 50 le client principal de la filature dépose le bilan et lui laisse une dette de plusieurs millions de francs. A cause de l’effet « boule de neige » l’entreprise Harmel est mise en redressement en 1954, mais elle continue de résister. En 1961, elle est la seule société à répondre favorable à Rhône-Poulenc pour tester une de leur invention, le Rhovyl. C’est ainsi que naquit « Harmelaine » constitué de Rhovyl et de laine.

En 1973, avec les accords du GATT les frontières s’ouvrent aux productions des pays à faible coût de main d’œuvre. La société ne supportera pas et dépose le bilan en 1977. L’activité se poursuivra jusqu’en 1979.

Anciennes cartes postales représentant les filatures Harmel à Warmeriville (51) - Léon Harmel
Anciennes cartes postales représentant les filatures Harmel à Warmeriville (51) - Léon Harmel
Anciennes cartes postales représentant les filatures Harmel à Warmeriville (51) - Léon Harmel

Anciennes cartes postales représentant les filatures Harmel à Warmeriville (51) – Léon Harmel

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