La double vie de M. X…

M. X… est le frère de l’un de mes ancêtre mais compte tenu que cette histoire se passe au début du 20è siècle je vais préserver son anonymat. Il né à la fin du 19è siècle, il est le troisième de cinq enfants.

D’après sa fiche matricule je sais qu’il fait 1m60, qu’il est blond aux yeux bleus et qu’il a le visage ovale, le menton rond et le front ordinaire (ça vous aide?). A l’origine il a été exempté d’armée pour « Faiblesse générale », mais il a été rappelé en 1917. Il a servi jusqu’en 1919.

C’est sur sa fiche matricule que j’ai trouvé l’information qui nous intéresse. M. X… a été condamné à de la prison pour escroquerie !

condamnation_X

Extrait de la fiche matricule de M. X…

Dans le civil il était marié, père et avait un métier honnête. C’est pourquoi je ne sais pas ce qui lui est passé par la tête en cette année 1926.

Voici l’histoire telle qu’elle est relatée dans le jugement, ne cherchez pas de cohérence géographique j’ai changé les lieux par les grandes villes de France :

« Attendu qu’un sieur Y…, domicilié à Paris ayant été dans des conditions qui seront rapportées ci-après, mis en relation avec Z…, A… et X…, ceux-ci résolurent sous le couvert d’un prétendu trafic d’or, de lui escroquer la somme de quarante-deux mille francs et y réussirent dans les conditions suivantes :

Attendu que le neuf avril 1926, sur un terrain repéré par eux à l’avance, à deux kilomètres du bourg de Bordeaux, et d’après un dispositif arrêté également d’avance, X… se rendit en automobile attendre l’événement escompté à un carrefour de route pendant que Z… amenait Y… par le train, arrivé au lieu dit présentait à Y… A…, qui s’y était rendu de son côté et faisait semblant de travailler dans un champ comme étant un fermier ayant à vendre douze mille francs d’or au prix de soixante dix francs le louis.

Attendu qu’en ce lieu, après divers pourparlers destinés à donner confiance à Y… dans la réalité du marché proposé, Y… remis à Z… une somme de quarante-deux milles francs en billets de banque, que Z… et A… s’éloignèrent soit disant pour aller chercher l’or à la ferme voisine où A… était censé habiter, mais qu’en réalité ils s’esquivèrent en emportant la somme précitée, sur laquelle six mille francs ( sept mille francs prétend Y…) furent remis à A… qui rentra chez lui à pied et cinq mille francs furent remis à X… qui partir en automobile avec Z… lequel prit pour sa part quinze mille francs.

Attendu que ces faits ont été, au cours de l’information, pleinement reconnus par Z…, A… et X…, dont la culpabilité ne peut se discuter.

Attendu que celle de B…, comme auteur dans le même délit, quoique niée par lui, n’est pas moins établie, qu’elle résulte à la fois des tractations qui ont eu lieu avant l’opération du neuf avril et des faits qui l’ont immédiatement suivie ;

Attendu d’abord que Y… a été mis en rapport avec Z… par B…, aux fins d’arriver à l’escroquerie ci-dessus relatée, que Z… a en effet déclaré que quelques jours avant le neuf avril, B… dont il avait fait la connaissance auparavant, lui avait dit connaître à Paris, un trafiquant d’or qu’il pouvait faire venir à …afin de l’escroquer, d’après un scénario qui est assez habituellement employé dans ces sortes d’affaires et qui fut en effet réalisé qu’il a été dit, que B… fit venir à Lyon ce trafiquant qui était Y…, que tous deux allèrent l’attendre à la gare et fixèrent avec lui au lendemain le prétendu achat d’or, que de plus il fût entendu entre Z… et B… dans quelle proportion ils partageaient avec X… et A… les quarante-deux mille francs à demander à Y…, et enfin qu’il fut également entendu qu’une fois faite l’opération à laquelle ne participait pas B…, celui-ci viendrait retrouver Z… à Strasbourg.

Attendu que B… soutient en vain qu’il a vraiment et uniquement cru à la réalité d’un trafic d’or qui devait se faire entre Z… et Y…, qu’il se trouve en contradiction avec Z… qui a indiqué avec détail dans quelles conditions l’escroquerie elle même avait été arrêtée dans son entier entre eux, qu’il se trouve aussi en contradiction avec Y… sur les conditions de leur rencontre, B… prétendant l’avoir seulement rencontré un jour dans le train entre Paris et Carcassonne, et lui avoir parlé là de la possibilité d’un achat d’or en Hollande, alors que Y… a affirmé que B… était venu le voir pour cela chez lui à Paris rue machin, que le voyage de B… à Paris dans ce dessein à d’ailleurs également était affirmé par Z…

Attendu que la culpabilité de B… ressort en second lieu de ce qui s’est passé le neuf avril aussitôt après l’escroquerie réalisée qu’en effet Z… et X… se rendirent immédiatement en automobile à Strasbourg, que de là Z… téléphona à B… qui était à Lyon de venir le retrouver, que B… arriva aussitôt à Strasbourg, où Z… lui versa sa part convenue de l’argent escroqué, soit quinze mille francs.

Attendu que B… a vainement prétendu, tout au long de l’information et à l’audience, que Z… ne lui avait remis aucune somme, et que s’il était bien venu lui B… à Strasbourg, c’était pour y conclure une assurance relative à l’automobile d’un nommé C…

Mais attendu qu’il a été contredit sur ce point tant par Z… que par C…, qui ont d’ailleurs déclaré tous deux que l’assurance en question n’avait jamais été envisagée à Strasbourg, le neuf avril, et avait été conclue à une date bien postérieure.

Attendu, que tant par les préludes que par les conclusions de l’affaire, la participation qu’y a prise B… a titre de co-auteur se trouve donc établie

Attendu que pareils faits nécessitent une répression sévère, qu’il ne suffit pas pour atténuer la peine encourue, que les victimes du fait de l’opération qu’elles tentaient, seraient peu digne d’intérêt, car d’une part on ne s’en trouve pas moins en présence de délinquants qui, de parti délibéré décident de soustraire à un tiers une somme importante que celui-ci doit être présumé détenir de la façon la plus légitime, et d’autre part on voit le prétendu trafic d’or qui est la condition de l’escroquerie proposé, non par ceux qui vont se trouver victimes, mais par les escrocs eux-mêmes qui éveillent ainsi la cupidité d’autrui et qui encourent donc l’entière responsabilité morale de l’opération.

Que des circonstances atténuantes peuvent être accordées à X…

Sur la demande des parties civile. Attendu que Y… a demandé que B…, Z…, A… et X…fussent condamnées à lui restituer la somme de quarante-cinq mille francs prétend-il (quarante-trois prétendent B… et Z…) qui lui a été escroquée dans les conditions ci-dessus relatées.

Mais attendu que, pour obtenir satisfaction, il doit d’abord préciser quelle est la cause que les quatre sus-nommés auraient contracté à son égard.

Attendu qu’il a reconnu lui-même qu’il avait remis lui-même la somme de quarante-cinq mille francs ou quarante-deux mille francs aux mains de Z… et A…comme paiement d’un achat de douze mille francs en pièces d’or que ceux-ci devaient lui livrer et que tel était […] l’engagement pris par Z… et A…

Attendu que pareil trafic est défendu par la loi, que la cause de l’obligation était illicite, que l’obligation qui a semblable cause ne peut avoir aucun effet aux termes de l’article onze cent trente-et-un du Code civil, que la demande de Y… est donc sans fondement et doit être rejetée

qu’il n’importe pas que le trafic d’or en question n’ait à aucun moment été considéré comme sérieux par Z… et A.. puisque Y…qui est demandeur est incapable et n’a d’ailleurs pas tenté d’indiquer une autre cause au contrat qu’il avait conclu avec les deux présents cités

Par ces motifs

Déclare B…, Z…, A… et X…

atteints et convaincus du délit qui leur est reproché et pour réparation faisant application des articles 405-55, 52, 463 du Code Pénal, 194 du Code d’instruction criminelle…

Condamne

B… à quinze mois d’emprisonnement et cent francs d’amende

Z… et A… chacun à un an d’emprisonnement et cent francs d’amende

X… à six mois d’emprisonnement et cent francs d’amende

Dit que la peine prononcée contre B… se confondra avec celles prononcées par les tribunaux de … et ….

Déboute Y… partie civile de sa demande »

Après ce procès Y… a fait appel et a obtenu de la Cour d’appel qu’elle ordonne la restitution de la somme versée.

Je ne sais pas si cette histoire n’est qu’un épisode dans la vie de M. X… ou si il a continué ses magouilles.

3 réflexions sur “La double vie de M. X…

  1. Comme quoi la vie de nos ancêtres ne se résument pas à naissance, mariage, décès !! J’ai moi aussi deux jugements pour coups et blessures à chercher, les mines étaient bagarreurs 🙂

  2. Comme quoi, pour chaque vie, il faudrait chercher plus loin que l’état civil ! D’où l’intérêt d’indexer les autres sources et en particulier judiciaires…
    Amitiés

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