Léon et les Indiens

Pour ce Rendez-vous Ancestral, j’ai décidé de traverser l’Atlantique et d’aller à la rencontre de Léon Coutier, le frère de mon arrière-arrière-arrière-arrière-grand-mère Eleonore Coutier.

– Bonjour Léon, je me présente je m’appelle Céline. Je suis une petite-cousine. En effet je descends d’Eleonore ta tante que tu n’as jamais connue.

– Ho bonjour, effectivement mon père m’a un peu parlé de cette grande sœur morte quand il n’avait que treize ans. Que fais-tu là ?

– Ma branche est restée en France et j’ai su que vous étiez partis aux Etat-Unis. Surtout j’ai appris que tu avais vécu la guerre de Sécession. Tu veux bien me raconter ?

– Bon si tu veux mais je ne vais pas tout te raconter aujourd’hui cela serait trop long. Par contre je veux bien te raconter une anecdote. Ca te va ?

– Oh oui !! Va-y.

Mon récit, le 18 aout 1862, quand les Sioux sous les ordres de leur chef Little Crow ont commencé cet horrible massacre qui a causé la mort de milliers de gens dans l’ouest

Little_Crow,_Leader_of_the_Sioux_in_the_Minnesota_Massacre,_1863

Little Crow (1810?-1863)

du Minnesota. Nous stockions le grain dans la vieille ferme Coutier à quelques kilomètres au nord de Blue Earth, ne sachant pas combien de temps nous allions pouvoir le garder sachant que les informations devenaient de plus en plus alarmantes chaque jour. Nous étions assistés d’un homme que j’appellerais M. B., sa femme et sa petite fille étaient là pour plus de sûreté. Tard cet après-midi-là un frère de Mme B. qui vivait plus au nord le long de la rivière est venu et nous a indiqué que le danger se rapprochait. C’est ainsi que nous partîmes juste après le souper en direction de la maison des parents de Mme B. Notre groupe était composé de M. et Mme B, leur petite fille, le frère de Mme B., moi-même et mon frère. Nous étions armés de deux pistolets chargés.En arrivant à l’endroit situé au nord-ouest dans les bois près de la rivière, nous le trouvâmes déserté. En retournant sur la route principale, nous nous rendîmes dans la première maison au nord connue sous le nom de ferme Carlton, nous espérions y trouver du monde, mais la demeure était vide. Certains d’entre nous montèrent sur les mules pour faire le tour des fermes alentour pour ne trouver que des fermes désertées, même par les chiens. Tout alentour était aussi silencieux qu’une tombe.

Minnesota_map

Localisation de Blue Earth dans l’etat du Minnesota (USA)

Nous nous retrouvèrent tous à la ferme Carlton, où nous décidions de passer la nuit. Certains dormaient pendant que d’autres montaient la garde aux fenêtres, l’arme au poing. Dès que le soleil fût assez haut dans le ciel, nous partîmes à la recherche des fugitifs. Nous avons trouvé une piste à travers la prairie. A cet endroit, Winer’s grove n’est qu’à une quinzaine de kilomètres. En suivant la piste, nous aperçûmes rapidement le camp des fugitifs sur une butte connue sous le nom de point Capitaine Walker. Quand nous approchions, certains vinrent en courant à notre rencontre. « Où avez-vous passé la nuit ? C’est un miracle que vous soyez vivant. Avez-vous croisé des Indiens ? » « Non », nous répondîmes « pas même une squaw ou un papoose ». Ce groupe était composé de certains de nos plus anciens pionniers comme les familles Robertson, Maxson, ou Mason, le vieil oncle Dave Morse, ou encore d’autres. Après avoir partagé le déjeuner avec eux, nous nous préparions à rentrer à la maison, laissant Mme B. sa petite fille et son frère rejoindre l’Est avec le groupe. « Restez à l’écart des bois », nous dit M. Woodruff «  si vous pensez que votre vie a de la valeur. C’est quand même dommage car j’ai mon bétail dans ce coin et je vais le perdre. Si quelqu’un pouvait me récupérer deux têtes, je lui laisserai le reste du cheptel au vu du danger encouru. »

Quittant le groupe, nous partîmes au nord-ouest à travers la prairie traversant un groupe de maison connu sous le nom de Winnebago city. L’endroit était désert, pas une femme, pas un enfant n’a été laissé derrière. Nous apprîmes qu’aucun indien n’a été vu au sud de Watonwan. Nous nous dirigions vers le bois, l’un d’entre nous conduisant le chariot, les deux autres, l’arme à la main prêts à nous défendre en cas de besoin. Nous avons localisé le bétail grâce aux tintements des cloches. Habituellement à cette période, le bétail est libre de ses mouvements, mais nous l’avons conduit au lieu dit Jesse Dunharn. M. B., retourna vers le groupe pour emmener la paire de bœufs promis. Nous sommes repassés à la ferme Coutier pour récupérer nos familles et se tenir prêts à bouger vers la ville de Blue Earth où les gens s’organisaient pour se défendre si nécessaire.

Un certain M. Schroeder qui vivait au lieu dit Carey un peu plus loin nous informa que les Indiens avaient pris New Ulm et tenaient le siège de Manakato. C’était en fait une ruse de sa part pour ne pas intervenir. Comme nous ne revenions pas, les habitants ont cru que les peaux-rouges nous avaient eu, ils furent heureux de voir que ce n’était pas le cas. Nous leur indiquèrent que les rumeurs sur Manakato étaient fausses.

Pour terminer notre vente de bétail, une semaine ou dix jours plus tard quand les Indiens ont été repoussés, notre groupe de fugitifs est rentré à la maison. Noter ami M. Woodruff a voulu nous récupérer son cheptel, mais M. B. refusa en indiquant qu’un deal est un deal. « Si moi et les garçons avions été tués, vous auriez dit je les avais pourtant prévenus. Si vous voulez récupérer ce bétail vous devrez passer devant un tribunal et si la loi dit que c’est à vous, très bien alors, mais si elle dit que c’est à moi, je garderais le bétail ». Le tribunal ne fut jamais informé de l’affaire.

C’est l’une des anecdotes que je peux donner sur cette période. Cela t’a intéressée ?

– Oh oui j’avais l’impression d’être dans un Western !!!

– Un quoi ?

– Je crois que ce serait trop long à t’expliquer. Merci encore.

CoutierLeon

Léon Coutier (1843-1925) – Photo appartenant à la famille Bushee

Attention : Ce récit est tiré, traduit et adapté d’un témoignage envoyé par Léon Coutier à un journal. Il date d’après la première guerre mondiale. Cependant pour garder l’authenticité j’utilise le même vocabulaire que lui à l’époque. Ce récit est sa vision de ce qui s’est passé et en aucun cas un jugement.

3 réflexions sur “Léon et les Indiens

  1. Quand l’oncle d’Amérique nous emmène en voyage … Trouver des branches géographiquement éloignées et pouvoir entrer en contact avec les descendants. Voilà un vrai plaisir de la généalogie.

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